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Les oligosaccharides du lait maternel et leur lien avec la croissance des nourrissons

févr. 13, 2018

Le lait maternel est la seule source de nutriments recommandée pour les nouveau-nés, car l’évolution en a fait un aliment nutritif et protecteur. Dans le lait maternel, certains nutriments, tels que certaines vitamines ou acides gras, dépendent fortement de l’apport alimentaire de la mère allaitante, tandis que d’autres sont principalement contrôlés génétiquement. Après le lactose et les lipides, l’un des constituants les plus importants du lait maternel sont les oligosaccharides (human milk oligosaccharides, HMO), dont la concentration est légèrement supérieure à celle des protéines. Ces oligosaccharides, généralement non digestibles, sont constitués de lactose (glucide du lait) associé de galactose, de N-acétyl-glucosamine, de fucose et/ou d’acide sialique. La similarité des HMO avec les glycanes des muqueuses, ainsi que de nombreux résultats de recherche  fondamentale, laissent penser que les HMO interviennent sur l’établissement des commensaux associés aux muqueuses, la limitation de l’adhérence des germes pathogènes à l’épithélium et la réactivité des cellules muqueuses, pouvant éventuellement conférer une protection contre les infections. Des recherches antérieures ont établi que la majorité des constituants des HMO sont déterminés  par le gène de la fucosyltransférase 2 (FUT2, gène sécréteur) du génotype maternel.

La prévalence de l’activité de l’enzyme FUT2 dans la population s’est avérée être extrêmement variable selon la zone géographique. Dans la plupart des régions géographiques, les allèles fonctionnels de la FUT2 montrent une prédominance de plus de 70 %, tandis que dans certaines régions d’Asie et d’Afrique, la prévalence des allèles non fonctionnels de FUT2 est équivalente. Les interactions entre l’homme et les bactéries ou virus représentent des pressions d’évolution qui peuvent avoir provoqué des changements dans la constitution génétique de  FUT2. Une perte de l’activité fonctionnelle de FUT2 a en effet été associée à une meilleure résistance à certains germes pathogènes, notamment des génotypes spécifiques de Norovirus, aux dépens d’un risque plus élevé d’infections par d’autres germes pathogènes affectant l’appareil respiratoire, le tractus urinaire ou l’appareil gastro-intestinal. Des génotypes non fonctionnels de FUT2 ont également été associés à un risque supérieur de diabète de type 1, de maladie de Crohn et de septicémie néonatale.

Par conséquent, il est important de mieux connaître ces composants du lait maternel, qui semblent pouvoir stimuler le développement immunitaire et apporter une protection contre les infections, tout en contribuant à la croissance et composition corporelle du nourrisson. Une nouvelle étude de l’Université nationale de Singapour a été publiée en février 2017, destinée à explorer l’influence des HMO les plus répandus sur la croissance du nourrisson jusqu’à quatre mois, en fonction du statut FUT2.

Les mères de l’étude ont été informées qu’elles devaient conserver leur alimentation habituelle de manière stable pendant toute l’étude. Le poids, la taille et le périmètre crânien des nourrissons ont été enregistrés à la naissance, puis à 1, 2 et 4 mois. L’IMC a aussi été calculé. Des échantillons de lait maternel ont été récoltés à 30, 60 et 120 jours post-partum, et analysés avec soin.

L’étude a démontré que le lait maternel variait de manière substantielle aussi bien dans la quantité en HMO que dans la diversité de structures d’oligosaccharides spécifiques au cours des quatre mois d’allaitement. Il a été observé que certaines mères présentaient un statut élevé de FUT2 tandis que d’autres disposaient de concentrations faibles. Toutefois, cela ne semble pas avoir eu d’impact majeur sur la croissance des nourrissons jusqu’à l’âge de quatre mois. D’autres études seront nécessaires, mais cette nouvelle recherche démontre d’ores et déjà que des altérations de la composition en HMO du lait maternel liées à l’expression du gène FUT2, n’ont pas d’impact sur la croissance des nourrissons allaités au cours des quatre premiers mois de la vie.


Sprenger N. et al. Longitudinal change of selected human milk oligosaccharides and association to infants' growth, an observatory, single center, longitudinal cohort study. PLoS One. 2017 Feb 9;12(2):e0171814
Pour plus d’informations : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28182762