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Dix mythes au sujet de la constipation

nov. 13, 2018

 

  • Pédiatre gastro-entérologue et épidémiologiste clinique 

  • Maître de conférences et pédiatre gastro-entérologue. Collège de médecine de l’Université centrale de Manille et Hôpital du Grand Manille, Philippines 

Sur le plan étiologique, la constipation peut être de nature organique (c’est-à-dire due à des causes anatomiques, comme la maladie de Hirschsprung, ou endocriniennes comme l’hypothyroïdie) ; ou de manière plus générale, de nature fonctionnelle (c’est-à-dire sans anomalie anatomique, biochimique ou physiologique spécifique identifiée). 

La difficulté majeure est la prise en charge (prévention, diagnostic et traitement) de la constipation infantile. Les objectifs du traitement sont de ramollir les selles, de favoriser la mobilité intestinale et de prendre en charge les facteurs psychosociaux. 

Plusieurs directives ont été publiées pour aider les professionnels de santé dans le diagnostic et la prise en charge de la constipation fonctionnelle. 

Toutefois, malgré la publication de ces directives, un grand nombre de stratégies de prise en charge n’ont pas été mises à l’épreuve, compliquant et prolongeant le calvaire de l’enfant constipé, voire aggravant les préoccupations et les angoisses des parents ou de leurs soignants. 

Cet article souhaite contribuer à démystifier les idées reçues sur la constipation. 

Voici les 10 mythes les plus fréquents sur la constipation

1. Les enfants doivent faire des selles tous les jours. 

Les nourrissons et même les enfants peuvent faire des selles un jour sur deux, voire deux à trois fois par semaine. Tant qu’ils ne ressentent pas de gêne, qu’ils grandissent normalement et que les selles ne sont pas trop dures, cela peut être considéré comme normal et acceptable.

2. Une radiographie simple de l’abdomen doit faire partie du bilan de routine d’un enfant constipé. 

L’emploi en routine d’une radiographie abdominale pour diagnostiquer une constipation fonctionnelle n’est pas indiqué. Cependant, elle peut être utilisée pour un enfant chez lequel un fécalome est suspecté, et lorsque l’examen physique n’est pas fiable ou n’est pas réalisable.

3. Une augmentation de la consommation d’eau peut contribuer à traiter la constipation. 

Malheureusement, on n’a jamais démontré l’efficacité de cette pratique. Les directives actuelles recommandent simplement de maintenir une consommation d’eau normale correspondant à l’âge, même chez les enfants constipés.

4. La constipation peut être traitée en augmentant la consommation de fibres. 

Ce conseil ancien n’a étonnamment pas été validé jusqu’à présent. Une consommation normale de fibres correspondant à l’âge est recommandée. 

5. La dilution de la préparation peut être recommandée comme modalité thérapeutique chez un nourrisson constipé nourri avec une formule infantile. 

La sécurité et l’efficacité de cette stratégie n’a pas été démontrée. Elle peut compromettre l’apport nutritionnel chez ces nourrissons.

6. Des suppositoires peuvent être introduits régulièrement pour induire la défécation. 

Cette pratique peut être dangereuse et peut provoquer une dépendance, voire être traumatisante. Elle peut contribuer à désenclaver des matières fécales non éliminées, mais ne peut pas être utilisée quotidiennement.

7. L’utilisation régulière de laxatifs (lactulose) peut provoquer une dépendance, et elle est par conséquent dangereuse.

Le lactulose est sûr et efficace, s’il est administré à la bonne posologie et pendant la durée correcte. Il peut être administré pendant de longues périodes, jusqu’à ce que la constipation soit résolue.

8. Les probiotiques peuvent soigner la constipation. 

Malheureusement, cette affirmation n’a pas été validée, aussi cette pratique n’est pas encore recommandée. À l’heure actuelle, les preuves ne sont pas suffisamment solides pour justifier une utilisation en routine, que cela soit en modalité complémentaire ou primaire.

9. La constipation est dangereuse, car elle peut provoquer une perforation intestinale ou une absorption de toxines, susceptibles d’entraîner le décès. 

Ces conséquences « potentielles » de la constipation n’ont jamais été démontrées, et peuvent être à l’origine d’une peur et d’une anxiété injustifiées, mais également d’une mauvaise prise en charge.

10. Il est recommandé d’effectuer dès un an l’entraînement à la propreté pour prévenir la constipation.  

Bien que l’entraînement à la propreté soit important dans la prévention de la constipation fonctionnelle, le faire de manière systématique pour tous les enfants d’un an peut s’avérer préjudiciable. 

L’entraînement à la propreté doit commencer lorsque l’enfant a atteint un stade de développement auquel il se sent prêt. Cela peut intervenir approximativement entre l’âge de 2 et 4 ans, lorsque différents paramètres moteurs et comportementaux sont déjà présents chez l’enfant. 

Message aux professionnels de santé 

Il est très important que nous intégrions la démystification du problème de la constipation dans le cadre des stratégies globales de prise en charge, outre le diagnostic et le traitement rationnels et corrects de ces troubles. 

L’éducation et le conseil sont essentiels et le professionnel de santé doit aborder intelligemment et scientifiquement les sources d’anxiété et de confusion qui troublent les soignants du nourrisson ou de l’enfant affecté. 

 

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